L'idée de souveraineté alimentaire s'est imposée dans le vocabulaire politique européen avec une rapidité qui contraste avec le flou de sa définition [S-03]. Invoquée pour justifier le soutien aux revenus comme la relocalisation des filières, elle masque une réalité plus prosaïque.
Le recoupement des bilans d'approvisionnement [S-01] et des données de marché [S-02] fait ressortir trois dépendances critiques : les engrais azotés, adossés au gaz naturel ; les protéines végétales importées des Amériques ; et les semences et phytosanitaires concentrés entre quelques acteurs mondiaux.
Repenser la dépendance, non l'abolir
L'erreur serait de confondre souveraineté et autarcie. Aucune économie ouverte ne produit l'intégralité de ses intrants. La question n'est pas de tout produire, mais d'identifier quelles dépendances deviennent un risque stratégique.
« La souveraineté ne se mesure pas au taux d'autosuffisance, mais à la capacité de résister à un choc sans renoncer à ses choix politiques. »
Un enjeu de gouvernance
Aucun levier n'est purement technique. La diversification des engrais relève de la politique commerciale ; les protéines engagent l'architecture de la PAC [S-04] ; la baisse de l'intensité en intrants suppose un accompagnement public stable.
La souveraineté alimentaire ne sera ni un slogan ni une frontière, mais une discipline : identifier les dépendances, hiérarchiser les risques, y répondre par des choix politiques assumés.